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Accident mortel au téléski de Vanay : les zones d’ombre d’une maintenance fatale

Nathalie Clement 7 min de lecture

Le domaine skiable de Saint-Gervais-les-Bains a connu un accident du travail d’une extrême gravité le 14 février. Aux alentours de 8h30, sur le téléski de Vanay dans le secteur du Chattrix, un adjoint au chef d’exploitation de 33 ans a perdu la vie lors d’une opération de maintenance précédant l’ouverture des pistes. Ce drame interroge directement les protocoles de sécurité appliqués lors des interventions techniques en altitude et la coordination des équipes au moment de la mise en route des installations.

Chronologie d’un drame sur le secteur du Chattrix

L’accident s’est produit dans un créneau horaire critique, celui de la préparation du domaine avant l’arrivée des premiers skieurs. À cette heure, les équipes techniques s’activent pour garantir que chaque remontée mécanique est opérationnelle, notamment après des épisodes de givre ou de chutes de neige nocturnes. La victime, née en 1990, effectuait une mission de routine sur le haut de l’installation, à environ 1700 mètres d’altitude.

Une intervention de routine avant l’ouverture

La mission consistait à procéder au déneigement du câble et de la poulie de retour du téléski de Vanay. Cette opération est nécessaire pour éviter que le câble ne déraille ou que le givre n’endommage les mécanismes de débrayage. Le technicien se trouvait sur la structure de la gare amont, une zone exposée aux éléments. C’est lors de cette phase de travail manuel que la machine s’est remise en mouvement. La puissance de traction du câble et la rotation de la poulie ont entraîné une chute fatale pour l’opérateur situé sur le passage des éléments mobiles.

L’intervention rapide des secours en haute montagne

Dès l’alerte donnée par ses collègues, un dispositif de secours a été déployé. Les pisteurs-secouristes de la station de Saint-Gervais sont intervenus en premier, rejoints par une équipe du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) de Chamonix, dépêchée par hélicoptère. Malgré les tentatives de réanimation pratiquées sur place, le décès du trentenaire a été constaté peu après. La zone a été immédiatement sécurisée pour permettre les premières constatations techniques, transformant le secteur du Chattrix en une scène d’investigation judiciaire.

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Les zones d’ombre de la mise en route accidentelle

Le point central de l’enquête repose sur la compréhension du mécanisme de remise en service du téléski alors qu’un agent se trouvait encore en position d’intervention. Dans l’industrie des remontées mécaniques, des protocoles stricts encadrent le verrouillage des machines, désignés sous le terme de consignation. L’enquête doit déterminer si ces procédures ont été appliquées et à quel niveau la chaîne de communication a failli.

Le fonctionnement technique de la gare du haut

La gare amont d’un téléski, ou gare de retour, est un point névralgique où la tension du câble est maximale. Contrairement à la gare motrice située en bas, elle est difficile d’accès et soumise à des conditions climatiques rudes. Le déneigement de la poulie retour exige une proximité immédiate avec les pièces en mouvement. Si une commande de démarrage est activée depuis la gare de départ sans que la zone haute ne soit libérée, l’accident devient inévitable. Les enquêteurs examinent les journaux de bord numériques de l’installation pour vérifier si des signaux d’alerte ont été ignorés ou si une défaillance matérielle a pu shunter les sécurités automatiques.

La coordination entre les équipes de maintenance

La sécurité en station repose sur une équipe coordonnée. L’adjoint chef d’exploitation possédait une expertise reconnue et une connaissance parfaite du terrain, ce qui rend l’accident complexe à expliquer pour ses pairs. L’enquête cherche à savoir s’il y a eu une erreur dans la communication radio ou si un tiers a actionné la mise en marche en pensant que l’intervention était terminée. Chaque matin, avant l’ouverture des pistes, les techniciens assurent une vigilance technique constante. Cette présence humaine, souvent invisible derrière la mécanique des câbles, constitue le premier rempart contre les aléas climatiques et les défaillances systémiques.

L’enquête judiciaire et les responsabilités en jeu

Une procédure judiciaire a été ouverte sous l’autorité du parquet de Bonneville. Cette phase est nécessaire pour établir les responsabilités civiles et pénales, ainsi que pour identifier les manquements éventuels aux règles de sécurité au travail.

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Le rôle de l’Inspection du Travail et du PGHM

Le PGHM de Chamonix mène les investigations techniques sur le terrain, tandis que l’Inspection du Travail conduit une enquête sur le respect du Code du travail. Leurs analyses portent sur l’état du matériel, la conformité des équipements de protection individuelle (EPI) portés par la victime et la validité des formations reçues par le personnel. Les enquêteurs vérifient également si la charge de travail ou les conditions météorologiques exceptionnelles de ce matin-là ont pu altérer la vigilance des intervenants.

Les conséquences pour la société d’exploitation (STBMA)

La Société des Téléportés Bionnassay Mont-Arbois (STBMA), qui gère les remontées mécaniques de Saint-Gervais, est au cœur de cette procédure. L’entreprise doit justifier de la robustesse de ses processus de sécurité. Une mise en cause de la responsabilité de l’entreprise est envisagée si des lacunes systémiques sont identifiées dans l’organisation du travail. En attendant les conclusions, la station a apporté son soutien à la famille et a mis en place une cellule psychologique pour les employés.

Risques professionnels et spécificités des métiers de la montagne

Travailler sur un domaine skiable comporte des risques exacerbés par le froid, la pente et la puissance des machines. Cet accident à Saint-Gervais rappelle la dangerosité des métiers de l’ombre de la montagne.

Facteur de risque Description technique Mesure de prévention standard
Hauteur et chute Intervention sur pylônes ou gares amont (10-15m) Harnais de sécurité et lignes de vie
Mise en route intempestive Démarrage du câble pendant une maintenance Consignation électrique (cadenassage)
Conditions climatiques Givre, vent violent, visibilité réduite Protocoles spécifiques de déneigement
Pièces en mouvement Poulies, galets et pinces de débrayage Carter de protection et zones d’exclusion

La pénibilité et les dangers du déneigement technique

Le déneigement des câbles est une tâche physique exigeante. Elle oblige les techniciens à monter sur les structures avant le lever du jour, avec des outils manuels pour briser la glace. Le risque de glissade est permanent et la manipulation de masses lourdes en équilibre précaire demande une concentration absolue. À Saint-Gervais, la pression de l’ouverture à l’heure pour les vacanciers est une réalité économique. L’enquête devra déterminer si cette pression temporelle a joué un rôle dans l’enchaînement des faits sur le téléski de Vanay.

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L’impact sur la communauté et la culture de sécurité

La mort d’un adjoint chef d’exploitation affecte l’ensemble de la station. Ce drame force une introspection collective sur la culture de sécurité. Il ne suffit pas d’avoir des règles écrites, il faut qu’elles soient appliquées, même dans l’urgence. Les retours d’expérience (RETEX) issus de cet accident seront partagés avec l’ensemble des stations françaises via les organismes professionnels comme Domaines Skiables de France (DSF), afin que la tragédie de Saint-Gervais serve à renforcer la protection des travailleurs de la neige.

Vers une évolution des protocoles de maintenance ?

L’accident du téléski de Vanay pourrait marquer un tournant dans la gestion des interventions sur les remontées mécaniques de type « téléski à perches », souvent moins automatisées que les télésièges modernes. La question de la double sécurité, humaine et technologique, est plus que jamais posée.

Des solutions existent, comme l’installation de capteurs de présence ou de systèmes de verrouillage à distance empêchant le moteur de démarrer tant qu’une clé n’a pas été retirée de la gare amont. La mise aux normes de l’ensemble du parc représente un investissement important. L’enjeu pour les années à venir consiste à concilier la rentabilité des domaines skiables avec une exigence de sécurité maximale pour ceux qui les exploitent. Le secteur du Chattrix a repris son activité, mais le souvenir de cette matinée de février reste présent dans la mémoire de la station.

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